?La crise de l’ENSA Kénitra, jusqu’à quand

Une première semaine écoulée après la nouvelle rentrée universitaire. Les étudiants de l’ENSA Kénitra sont toujours en boycott depuis le début de la semaine, pour manifester leur refus indiscutable du fameux décret ministériel émis par Lahcen Daoudi relatif à la création des écoles polytechniques. Ce décret, publié sous le numéro 645-15-2, prévoit la fusion des écoles nationales des sciences appliquées avec les facultés des sciences et techniques FST et les écoles supérieures de technologies EST sous le nom des écoles polytechniques.
Les étudiants des 11 ENSAs expriment leur colère suite à ce décret considéré détruisant de 18 ans de travail au sein de ce réseau d’écoles. L’ENSA Kénitra, elle, a été créée en 2008 lorsque sa Majesté le Roi Mohamed VI a procédé à la pose de la première pierre pour la construction des locaux de l’établissement. Elle a pu, tout au long de ses 8 ans, se forger une bonne réputation dans le marché du travail. Trois promotions de lauréats sont sorties de cette école avec un taux d’insertion qui dépasse les 80%. Un produit final réussi. Il s’agit d’ingénieurs polyvalents de formation et de personnalité solides, car l’ENSAK s’intéresse à la formation technique comme aux activités parascolaires. Elle dispose de plus d’onze clubs d’étudiants actifs qui organisent des événements de contenu technologique et culturel et offrent aux étudiants une opportunité de défit et de développement personnel. Le contact de l’école avec le marché du travail à travers le réseau des lauréats et les étudiants qui partent chaque année en stage prouve de plus en plus l’efficacité de cette combinaison scolaire-parascolaire. Au plan international, l’école a signé plusieurs partenariats d’échange et de double diplomation avec des instituts supérieurs en France, aux états unis, en Pologne qui ont été mis en place grâce aux efforts d’un corps administratif et professoral actif. Le décret est donc mis en place pour tuer une expérience réussie et la remplacer par un projet privé de tous ces avantages. Pour quelles raisons ?
Le ministre argumente sa décision par des raisons budgétaires. La fusion des trois établissements optimisera en terme de budget avec des équipements et locaux communs. Des cours magistraux et des séances de TP avec un effectif plus grand, une formation dégradée. Au lieu d’investir davantage pour garantir une formation de haute qualité, uniquement la quantité semble être importante pour le ministre Daoudi qui parle de la formation de 23000 ingénieurs et techniciens.
De plus, ce projet de polytechnique semble raciste. En effet, lors de sa dernière réunion avec la commission nationale des étudiants de l’école nationale des sciences appliquées, le ministre Lahcen Daoudi annonce qu’il prévoit créer deux pôles technologiques à Rabat et Casablanca, qui comporteront les écoles d’ingénieurs présentes dans ces villes et qui formeront des ingénieurs hautement qualifiés et qui seront une minorité. La polytechnique, elle, formera des techniciens spécialisés et des ingénieurs <<de deuxième classe>>. Ceci montre la réalité des investissements étrangers au Maroc, qui n’ont pas besoin de compétences de conception et d’analyse mais plutôt d’application directe. Au sein de Renault Maroc par exemple, le leader de la construction automobile, la participation dans la fabrication d’une voiture ne dépasse pas 45%. Ce taux médiocre ne comporte que l’assemblage et la sous-traitance des pièces basiques, ce qui ne nécessite que des ingénieurs d’application. A Renault Brésil, par contre, des ingénieurs contribuent à la conception des voitures.
Pour ces raisons et d’autres, les étudiants de l’ENSA Kénitra comptent continuer leur boycott pour lutter contre ce décret jugé .inacceptable


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