Scandale médical à l’hôpital 20 Août à Casablanca: deux ans après, les victimes attendent toujours justice
Le 19 septembre 2023 restera gravé comme l’une des dates les plus sombres dans l’histoire médicale récente du Maroc. Ce jour-là, 16 patients ont été injectés avec une substance non autorisée par le ministère de la Santé, provoquant chez eux une cécité totale ou partielle, les condamnant à vivre avec un handicap irréversible.
Plus grave encore, deux des victimes n’étaient même pas inscrites dans les registres officiels de l’hôpital public 20 Août. Comment ont-elles pu franchir la sécurité, atteindre le bloc opératoire et recevoir l’injection fatale ? Cette zone d’ombre met directement en cause les procédures internes, la responsabilité du personnel soignant, de la cheffe de service, du cadre infirmier principal, ainsi que de la direction de l’établissement.
L’enquête, confiée à la Brigade nationale de la police judiciaire, a permis d’entendre médecins, infirmiers et victimes. Les investigations révèlent que le produit utilisé était à l’origine un médicament destiné au traitement du cancer du côlon, périmé, introduit par une employée sans vérification préalable par le médecin responsable. Fait sidérant : après la catastrophe, l’administration a tenté d’obtenir une autorisation d’utilisation… rétroactive, un acte qui illustre un dysfonctionnement majeur.
Deux ans plus tard, aucune poursuite n’a encore été engagée. Les victimes, dont plusieurs ont perdu leur emploi et leurs moyens de subsistance, réclament simplement l’accélération de la procédure afin de pouvoir solliciter des indemnisations. Car selon le principe de responsabilité de l’État, celui-ci doit réparer les préjudices causés par ses agents.
Le ministère de la Santé a bien dépêché une commission d’inspection, mais les conclusions demeurent confidentielles. Les réponses officielles se résument toujours à : « le dossier est à l’étude ». En attendant, les victimes continuent d’organiser des sit-in devant le tribunal, espérant que la justice mette fin à ce silence et que l’État assume enfin ses responsabilités.





