Au-delà de l’accoutumé

Lhoussain BOUKHARTA
Allongé sur mon canapé, en cette journée exceptionnellement chaude et ensoleillée, je laissais mon esprit vagabonder. Il était 10h00, un matin pas comme les autres. Dès les premières heures de la nuit, à 00h30 précisément, les camarades de classe de ma fille échangeaient fébrilement les résultats de l’examen régional du baccalauréat marocain (Bac1).
Toutes les demi-heures, je l’interrogeais : « Y a-t-il des nouvelles, ma petite ? »
Elle me répondait inlassablement : « Je n’arrive pas à accéder au site officiel MASSAR. »
Je n’avais d’autre choix, dans cette situation mêlée d’émotion et d’impatience, que de lui faire confiance. Mon esprit s’est alors mis à turbiner, s’ouvrant comme un nuage tentaculaire. Je construisais mentalement un algorithme complexe, à boucles conditionnelles et répétitives, espérant toucher enfin le point de convergence de mes aspirations.
Rien d’étonnant, finalement. Je suis un père engagé, militant pour le progrès, la démocratie, l’équité et l’égalité des chances. Je m’investis pleinement pour assumer, avec honneur, mes responsabilités et engagements paternels. Ma pensée est obsédée par la réussite, mais aussi par le poids symbolique de la mission de transmission.
Accablé par une conviction intime – que je considère comme le secret même de l’existence humaine –, je reste hanté par une question fondamentale : « Pourquoi l’humanité n’a-t-elle découvert à ce jour qu’une goutte d’eau dans l’océan des vérités de l’univers ? »
Ce questionnement me suit depuis ma jeunesse. Je crois que chaque génération doit se battre pour rester compétitive, pour promouvoir la créativité dans tous les domaines encore baignés de mystères. Le temps qui passe ne doit jamais nous quitter sans laisser en nous une empreinte de réflexion progressiste. Nous devons nous efforcer d’intégrer les dynamiques de création et d’innovation, tant sur le plan individuel que collectif, pour rompre avec la monotonie des routines stériles.
Perdu dans mes pensées, je finis par m’assoupir légèrement, comme si le sommeil lui-même prolongeait le fil de ma méditation. Deux heures plus tard, je me retrouvai soudain devant le lit de ma fille. Je la secouai doucement. Une seule question, persistante, s’échappa de mes lèvres : « Pas de nouvelles ? »
Calmement, elle mit son ordinateur en marche. Elle accéda aussitôt au site MASSAR. Et là, le résultat s’afficha. J’ai tout de suite compris qu’elle l’avait déjà consulté. Peut-être avait-elle hésité à m’en parler tout de suite. Bref, le résultat n’était pas exactement ce que j’espérais, mais il restait très satisfaisant : une moyenne régionale de 18,20/20.
Elle avait brillé en langue française (19,5/20) et en éducation islamique (20/20). Ses résultats en langue arabe (16,5/20) et en histoire-géographie (15,5/20) étaient bons, mais en deçà de l’excellence.
En me réveillant à 10h ce même matin, j’ai pensé à la gratification et à la récompense. Et, malgré mon optimisme naturel, une préoccupation me hanta : le déséquilibre croissant entre sciences théoriques, sciences appliquées et arts de l’invention dans notre société de consommation fragile.
Je repensais à la place fondamentale des sciences dans l’histoire humaine. La théorie, lorsqu’elle s’allie à la pratique, nous permet d’entrevoir les véritables lumières de la connaissance et de contempler leur beauté. En parallèle, je ne pouvais ignorer les échos de Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra : « Vois-tu la vie ? Je suis ce qui doit toujours se surmonter soi-même. »
Hors des préoccupations superficielles et populistes, la vie reste un labyrinthe qui n’accorde sa clémence qu’à ceux qui choisissent de l’explorer avec détermination. Aucun d’entre nous ne devrait fuir ses obligations.
Nous vivons aujourd’hui la quatrième grande ère d’évolution humaine. Exclure la jeunesse des avancées techniques et scientifiques représente un péril majeur. Il nous faut impérativement reconnecter nos enfants à la dynamique du savoir, du progrès et de l’innovation.
Malgré mes inquiétudes et mes convictions profondes, une discussion enrichissante a permis de guider ma fille dans le choix de son orientation scolaire. L’année prochaine, celle du baccalauréat, sera un défi de dix mois de concentration, de vigilance et de volonté. Trois cents jours d’efforts qui poseront les fondations de son avenir.
Nous avons pris une décision familiale. L’avion qui nous a conduits vers Dole, Dijon, puis Paris a survolé les cieux de la Méditerranée et de l’Espagne. Mes deux enfants, sous ma supervision, sont invités à analyser les liens entre citoyenneté, civilité et développement dans un pays parmi les plus développés des nations.
Telles sont les attentes d’un père, amoureux de sa patrie, le MAROC. Ingénieur statisticien, économiste et urbaniste, ayant œuvré dans des milieux avec des horizons fragiles, j’aspire à renforcer les liens entre les familles (parents et enfants), le savoir et le savoir-faire, tant scientifiques qu’artistiques.
L’urgence est réelle. L’État, les familles et les institutions sont désormais face à une alerte assourdissante. Elle nous pousse à repenser, avec gravité mais aussi avec espoir, notre avenir collectif.


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