Assises nationales sur les archives : les archives domaniales, entre héritage historique et levier d’avenir

À l’heure où les mutations nationales et internationales s’accélèrent, redéfinissant en profondeur les notions de mémoire et d’identité, la première édition de la concertation nationale autour des archives au Maroc s’impose comme un événement charnière. Placée sous le thème : « Archives et transformations nationales et internationales… quelle nouvelle gouvernance ? », cette rencontre traduit une prise de conscience aiguë : l’archive n’est plus seulement un réservoir de documents, mais un levier stratégique au service de l’avenir.
Placée sous la Haute Sollicitude de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, cette manifestation a réuni d’éminentes personnalités, dont le Conseiller Royal Omar Azziman, la Directrice des Archives Royales Bahiija Simou, ainsi que le Secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume du Maroc Abdeljalil Lahjomri le ministre de la culture mehdi bensaid. Aux côtés de ces figures nationales, des experts internationaux, notamment des représentants du Conseil international des archives et le Directeur des Archives de France, directrice des Archives au Maroc ont contribué à enrichir les débats, conférant à cette rencontre une dimension scientifique et stratégique de premier plan.
Cependant, la portée de cet événement dépasse largement le cadre académique. Elle s’inscrit dans une dynamique nationale valorisant des modèles marocains exemplaires en matière de gestion archivistique. Au premier rang de ces modèles figure l’Archive de la Direction des Domaines de l’État véritable joyau de l’administration publique marocaine et référence en matière de gouvernance documentaire.
Chargée de la gestion du domaine privé de l’État, cette institution a constitué, au fil des décennies, un fonds archivistique d’une richesse exceptionnelle. Celui-ci retrace un parcours historique dense, couvrant les périodes du protectorat français et espagnol jusqu’aux premières années de l’indépendance. Bien au-delà de leur dimension administrative ou foncière, ces archives incarnent une mémoire nationale vivante, révélatrice des efforts déployés par l’État marocain pour recouvrer sa souveraineté territoriale.
Dès l’accession à l’indépendance, l’Administration des biens de l’État a joué un rôle déterminant dans la récupération des terres accaparées par les autorités coloniales françaises et espagnoles. Elle a également supervisé des opérations de saisie, de confiscation et de mise sous séquestre des biens appartenant aux collaborateurs du système colonial. Ces actions, hautement symboliques et structurantes, traduisent une volonté ferme de refonder l’ordre foncier national sur les principes de souveraineté et d’équité. Aujourd’hui, ces processus sont minutieusement documentés dans un corpus archivistique d’une valeur inestimable pour les chercheurs, historiens et décideurs publics.
La presence du Directeur des Domaines de l’État M. Mohamed el kharmoudi à cette concertation nationale organisée sous le haut patronage de sa Majesté le Roi Mohammed 6 ne saurait être réduite à une simple présence institutionnelle. Elle constitue une reconnaissance implicite de la valeur stratégique de cet héritage documentaire, ainsi que du rôle essentiel que joue cette administration dans la préservation de la mémoire foncière et économique du Royaume. Elle témoigne également de son engagement dans les réformes en cours, visant à moderniser les pratiques archivistiques à travers l’intégration d’outils innovants.
Parmi les enjeux majeurs soulevés lors de cette rencontre figurent la digitalisation des archives, l’amélioration des systèmes de classification et d’indexation, ainsi que l’intégration des technologies d’intelligence artificielle dans le traitement et l’analyse documentaire. Ces évolutions appellent à une refonte des modèles traditionnels, au profit de systèmes intelligents capables de valoriser pleinement le capital immatériel que représentent les archives.
La vision éclairée portée au plus haut niveau de l’État ambitionne d’inscrire l’archive au cœur du projet de développement national. Elle la consacre comme un instrument fondamental de préservation de la mémoire d’une nation millénaire — forte de plus de douze siècles d’histoire — et comme un pilier de la transparence et de la bonne gouvernance. Dès lors, la réhabilitation de l’archive dépasse la simple dimension technique pour s’ériger en acte de souveraineté.
Dans ce contexte en pleine mutation, l’Archive des Domaines de l’État demeure un témoin privilégié de l’imbrication entre histoire et administration, politique et économie. Elle illustre comment le document, loin d’être inerte, peut devenir une force d’orientation des politiques publiques, notamment en matière d’investissement et de valorisation du foncier public.
En définitive, cette première concertation nationale ne constitue pas uniquement un espace d’échange, mais une véritable prise de conscience collective : celle du rôle fondamental de la mémoire dans la construction de l’avenir. Entre vision stratégique et pratiques exemplaires, le Maroc affirme ainsi sa volonté de bâtir un système archivistique moderne, à la hauteur des défis contemporains, tout en préservant l’héritage d’une nation profondément enracinée dans l’histoire.
par M. hanii El Mokhtar doctorant en sciences archivistiques








